Ma pratique artistique investit des questionnements et observations qui ressortent de manière récurrente dans ma réalité de travailleuse et de citoyenne. Oeuvrant/travaillant en tant que couturière et instructrice, mes tâches sont associées à des rôles socialement construits comme typiquement féminins, de par leur appartenance à la sphère domestique et par leur nature de bienveillance. J’étudie mes milieux de travail ainsi que les rapports sociaux que j’y entretiens, et c’est de cette recherche latente que découlent mes projets artistiques. Ceux-ci s’avèrent souvent de longue haleine, inscrits dans le long terme et le quotidien, car j’emprunte des techniques textiles traditionnelles qui sont laborieuses et méticuleuses. Je mets en scène celles-ci par le biais de l’installation, qui est ensuite activée par des actions performatives et participatives.

Intéressée à développer des nouvelles perspectives de réflexion, je ne conçois pas mon travail artistique dans le but d’un résultat final statique. Je le vois plutôt comme un lent processus qui cherche à s’alimenter, à puiser de la substance dans les perceptions des gens et dans la diversité des contextes qu’il habite. Par le biais d’une approche de médiation, je cherche à ouvrir des dialogues/conversations avec mes pairs, ainsi qu’avec des personnes qui ne sont pas forcément initiées à l’art, car mon travail traite de réalités quotidiennes et systémiques qui sont vécues - de différentes façons - par plusieurs. Je tente d’aborder avec douceur, par le réconfort physique amené par le choix des matériaux, des questions d’ordre social et éthique, et politiser et réhabiliter la pratique du care (éthique du soin).

Me situant dans une perspective féministe intersectionnelle, je suis critique vis-à-vis le modèle économique capitaliste et la manière dont sont produits et consommés les biens et services. J’aborde la possibilité d’organisations alternatives à celui-ci avec les contextes que je crée et ce, par la collaboration que je recherche avec l’autre.